Ce qui a basculé le 15 février 2025
La location meublée s’est longtemps distinguée par une asymétrie. Le propriétaire amortissait le bien pendant la période de location, ce qui réduisait, voire annulait, le bénéfice imposable, puis retrouvait à la revente une plus-value calculée comme celle d’un particulier, sans qu’il soit tenu compte de ces amortissements. L’article 84 de la loi de finances pour 2025 a mis fin à cette construction.
Depuis le 15 février 2025, les amortissements déduits sous le régime réel sont réintégrés dans le calcul de la plus-value de cession : ils viennent en diminution du prix d’acquisition retenu, donc en augmentation de la plus-value imposable. Point décisif, la mesure vise aussi les amortissements pratiqués avant 2025, ce qui en fait une règle à portée rétrospective pour les détenteurs de longue date.
Deux catégories échappent au dispositif : le régime micro-BIC, qui ne permet pas d’amortir, et les résidences de services étudiantes, seniors et EHPAD. Cette exclusion crée une différence de traitement réelle entre un appartement meublé détenu en direct et une chambre en résidence gérée, à performance locative comparable. Elle mérite d’être pesée avant l’acquisition, car elle ne se rattrape pas ensuite.
L’amortissement, avantage devenu différé
La lecture correcte de la réforme n’est pas que l’amortissement a disparu, mais qu’il a changé de nature. Il reste un avantage de trésorerie pendant la phase locative. Il n’est plus un avantage définitif. Ce qui n’a pas été imposé au titre des revenus le sera au titre de la plus-value, à un taux différent et selon des abattements différents.
Sur une hypothèse de calcul : un bien acquis 2 000 000 €, loué douze ans au régime réel avec 400 000 € d’amortissements déduits, puis revendu. La réintégration ajoute 400 000 € à l’assiette de la plus-value. Après les abattements pour douze ans de détention, soit 42 % à l’impôt sur le revenu et 11,55 % aux prélèvements sociaux, ce seul supplément d’assiette représente de l’ordre de 105 000 € d’imposition additionnelle, avant application de la surtaxe sur les plus-values élevées.
L’arbitrage se déplace donc vers l’horizon de détention. Les abattements conduisent à une exonération d’impôt sur le revenu à 22 ans et de prélèvements sociaux à 30 ans : plus la détention est longue, plus la réintégration s’efface. À l’inverse, un meublé au réel conservé huit ou dix ans concentre l’avantage de trésorerie, puis en restitue une part substantielle à la sortie. Ce calcul se fait avant de choisir le régime, pas au moment de vendre.
Le micro-BIC resserré, année après année
Le second mouvement porte sur le régime forfaitaire. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 a abaissé l’abattement micro-BIC des meublés de tourisme non classés de 50 % à 30 %, avec un plafond de recettes de 15 000 €. Les meublés classés conservent un abattement de 50 %. À partir de 2026, le rapprochement de la fiscalité du meublé et de celle de la location nue se poursuit par un abaissement des seuils et des abattements du micro-BIC.
La conséquence pratique est qu’un propriétaire au forfait peut basculer, sans rien changer à son activité, dans une situation où le régime réel redevient plus favorable. Le classement du meublé de tourisme, procédure volontaire assortie d’une visite de contrôle, prend ici une valeur fiscale directe : il préserve l’abattement de 50 % et relève le plafond applicable.
Le choix entre micro et réel a donc cessé d’être un choix de confort administratif arrêté une fois pour toutes. Il se réévalue chaque année, au vu des recettes encaissées, des charges réelles et, depuis 2025, du coût futur de la réintégration des amortissements. Un propriétaire qui opte pour le réel s’engage par ailleurs sur une durée, ce qui interdit de changer d’avis au gré des exercices.
Meublé de tourisme : la contrainte est d’abord communale
Avant la fiscalité vient l’autorisation, et l’ordre des opérations compte. La loi Le Meur a généralisé l’enregistrement du meublé de tourisme auprès de la commune. À Paris, la Ville délivre un identifiant sans lequel la location de courte durée est irrégulière et la diffusion sur une plateforme, exposée au retrait de l’annonce.
La location de la résidence principale reste plafonnée à 120 nuits par an, plafond que les communes peuvent abaisser à 90 nuits. Paris a annoncé son intention d’utiliser cette faculté. Pour un propriétaire qui construit son budget locatif sur une occupation estivale et quelques week-ends, la différence entre 120 et 90 nuits n’a rien de marginal : elle retire un quart des recettes possibles, sans réduire les charges.
Pour une résidence secondaire parisienne, le régime est tout autre. La location en meublé de tourisme suppose une autorisation de changement d’usage, assortie d’une compensation. Ce n’est pas une déclaration, c’est une opération immobilière à part entière, avec son coût, son délai et son aléa.
Paris, le prix du changement d’usage
La compensation consiste à transformer en habitation une surface équivalente de locaux affectés à un autre usage, le plus souvent par l’acquisition de droits de commercialité auprès d’un opérateur. Son coût varie fortement selon l’arrondissement : de 800 €/m² dans le 19e à plus de 2 000 €/m² dans le 6e. Pour un trois-pièces, la dépense se situe entre 40 000 et 70 000 €.
Ce montant entre dans le calcul de rendement au même titre que les frais d’acquisition, et il s’ajoute à un coût d’entrée déjà élevé : dans l’ancien, les frais d’acquisition atteignent environ 8,5 % du prix dans les départements passés à 5,00 % de droits de mutation, ce qui est le cas de Paris et de toute l’Île-de-France au 1er juin 2026.
Le calcul de rentabilité d’un meublé de tourisme parisien suppose donc d’amortir une autorisation avant d’amortir un bien. Avec un prix médian de 9 580 €/m² au premier trimestre 2026, et des niveaux bien supérieurs sur les segments haut de gamme, l’équation ne tient que sur une durée d’exploitation longue et un taux d’occupation soutenu. Un plafond ramené à 90 nuits sur une résidence principale, ou une revente à cinq ans, la fragilisent aussitôt.
Établir le calcul de sortie avant le premier bail
La leçon commune aux deux réformes est chronologique : les décisions qui coûtent se prennent au début, et leurs effets n’apparaissent qu’à la revente. Avant de signer un premier bail meublé, il est utile d’avoir arrêté les points suivants :
- L’horizon de détention envisagé, confronté aux seuils d’exonération de 22 et 30 ans.
- Le régime fiscal retenu, micro ou réel, avec une simulation portant sur trois exercices et non sur un seul.
- Le plan d’amortissement projeté, composant par composant, et le montant cumulé qui sera réintégré à la sortie.
- Pour un meublé de tourisme, la situation au regard de l’enregistrement communal, du plafond de nuitées et du changement d’usage.
- L’intérêt d’un classement du meublé, chiffré au regard de l’abattement qu’il préserve.
- L’effet du bien sur l’assiette de l’impôt sur la fortune immobilière, dont le seuil d’entrée est de 1,3 M€ de patrimoine immobilier net taxable au 1er janvier.
Sur ce dernier point, une précision utile. L’abattement de 30 % sur la valeur vénale ne vise que la résidence principale, une seule par foyer, et il ne s’applique pas lorsque le logement est détenu par une société civile immobilière dans laquelle le foyer se loge. Un bien donné en location meublée n’en bénéficie en aucun cas, et son entrée dans le patrimoine taxable peut faire franchir le seuil de 1,3 M€.
Ce que nous en retenons
La location meublée conserve un intérêt, mais elle a perdu ce qui en faisait un cas à part dans la fiscalité du patrimoine : l’amortissement sans contrepartie à la sortie. L’avantage est désormais un report, non une exonération, et il ne s’efface durablement que par la durée de détention.
Trois conséquences pratiques. Tenir une comptabilité d’amortissement rigoureuse, puisque le montant cumulé deviendra une donnée fiscale opposable le jour de la revente. Réexaminer chaque année l’arbitrage entre micro et réel, que l’abaissement progressif des seuils déplace mécaniquement. Enfin, pour un projet de courte durée à Paris, traiter l’autorisation d’usage avant le montage fiscal : une économie d’impôt ne compense jamais une exploitation irrégulière.
Une limite pour finir. Les règles décrites ici s’appliquent à des situations types. La détention en société, l’activité relevant du statut professionnel, la transmission en cours de détention ou l’acquisition en résidence de services répondent à d’autres logiques, parfois inverses. Sur un patrimoine significatif, l’articulation entre régime locatif, impôt sur la fortune immobilière et préparation de la transmission relève d’un avocat fiscaliste et du notaire, consultés avant l’acquisition et non à l’occasion de la première déclaration.