Deux marchés sous un même nom
Le prix médian régional s’établit à environ 4 350 €/m² en 2026, en repli de 1 % sur un an mais en hausse de 25 % sur cinq ans. Ce chiffre décrit un marché résidentiel ordinaire, celui des actifs locaux et des primo-accédants, sensible aux taux et aux revenus. Il ne dit rien du second marché, celui des adresses du littoral.
À Saint-Jean-Cap-Ferrat, la moyenne atteint environ 18 240 €/m² au 1er septembre 2026, et les appartements avec vue mer se traitent à partir d’environ 15 000 €/m². Plusieurs transactions supérieures à 60 M€ ont été enregistrées en 2025, notamment à Saint-Jean-Cap-Ferrat et à Saint-Tropez. Sur ce segment, la notion de prix au mètre carré perd une partie de son sens : la valeur se concentre sur l’assiette foncière, l’orientation, la distance réelle à la mer et la qualité de la vue, davantage que sur la surface habitable.
La conséquence est méthodologique. Une négociation menée sur un prix moyen régional conduit à des conclusions fausses dans les deux sens : elle surévalue un bien de second rideau et sous-évalue une propriété dont le foncier ne se reproduit pas. Le seul comparatif utile est constitué de ventes récentes portant sur des situations physiquement voisines, à obtenir auprès d’un notaire local.
Une demande étrangère et secondaire
Plus de 70 % des acquéreurs de la Côte d’Azur sont étrangers : américains, britanniques, scandinaves, germanophones, avec une clientèle slave en progression. À Saint-Jean-Cap-Ferrat, plus de 90 % des biens vendus sont des résidences secondaires, pour un panier moyen supérieur à 2,5 M€. Ces deux données commandent tout le reste.
Une demande secondaire se comporte autrement qu’une demande de logement. Elle est moins sensible au coût du crédit, plus sensible aux changements fiscaux et aux décisions de résidence fiscale. Elle se déplace d’une commune à l’autre plus vite qu’elle ne quitte la région, et rend les volumes saisonniers, avec des fenêtres de commercialisation étroites.
Pour le vendeur, un bien mal préparé au printemps perd une année. Pour l’acquéreur, la concurrence est intermittente : intense sur les adresses établies, presque nulle sur les biens dont un défaut d’accès, de vis-à-vis ou d’exposition au bruit n’a pas été traité.
Ce qui limite durablement l’offre
La rareté du littoral n’est pas seulement géographique, elle est réglementaire. Les règles de protection du rivage, les documents d’urbanisme communaux, les espaces boisés classés et les prescriptions applicables aux sites patrimoniaux remarquables encadrent l’implantation, l’emprise et la hauteur. Dans les abords d’un monument historique, tout projet modifiant l’aspect extérieur est soumis à l’avis de l’Architecte des Bâtiments de France, dont la portée diffère selon qu’il est conforme ou simple.
S’y ajoutent les contraintes propres aux terrains en pente : servitudes de passage et de vue, murs de soutènement, accès pompiers, risques naturels et notamment le risque incendie, assainissement non collectif lorsque le réseau ne dessert pas la parcelle. Ces éléments déterminent ce qu’il est possible de construire, d’étendre ou de reconstruire après sinistre.
Une propriété s’achète donc sur un potentiel autorisable, non sur un potentiel imaginé. Un projet d’extension, de création de piscine ou de réunion de deux parcelles doit être validé auprès du service urbanisme de la commune avant l’offre, et pas après la promesse.
Les pièces à réunir avant l’offre
La liste diffère de celle d’un appartement parisien : la maison individuelle relève d’un régime propre, en particulier en matière énergétique.
- Le certificat d’urbanisme, le règlement de la zone au plan local d’urbanisme et l’état des servitudes grevant la parcelle.
- Les autorisations obtenues pour les constructions et extensions existantes, avec les déclarations attestant l’achèvement et la conformité des travaux.
- L’état des risques naturels et technologiques, et les prescriptions applicables en matière de débroussaillement et d’accès.
- Le dossier de diagnostic technique complet et l’audit énergétique lorsque la vente y est soumise.
- Le détail des charges annuelles réelles : gardiennage, jardin, piscine, sécurité, assurance, taxes locales.
- Le titre de propriété et, en présence d’une association syndicale de domaine, son règlement et ses appels de fonds.
L’audit énergétique est obligatoire à la vente d’une maison individuelle ou d’un immeuble en monopropriété classé F ou G depuis le 1er avril 2023, et classé E depuis le 1er janvier 2025. Il propose au moins deux scénarios de travaux chiffrés et reste valable cinq ans. Le DPE collectif est par ailleurs obligatoire dans toutes les monopropriétés depuis le 1er janvier 2026.
Louer sa villa : ce que la loi a changé
La location saisonnière n’est plus un usage libre. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 impose l’enregistrement du meublé de tourisme auprès de la commune. Le plafond de location d’une résidence principale est de 120 nuits par an, que les communes peuvent abaisser à 90 nuits. Une résidence secondaire relève, elle, du régime du changement d’usage lorsque la commune l’a instauré, avec les formalités et les compensations qu’il prévoit.
La fiscalité a suivi. L’abattement micro-BIC des meublés de tourisme non classés est passé de 50 % à 30 %, avec un plafond de recettes de 15 000 €, tandis que les meublés classés conservent 50 %. À partir de 2026, le rapprochement de la fiscalité du meublé et de celle de la location nue se poursuit par un abaissement des seuils et des abattements du micro-BIC.
Le régime réel, longtemps préféré pour les biens de valeur, a perdu une part de son intérêt. Depuis le 15 février 2025, en application de l’article 84 de la loi de finances pour 2025, les amortissements déduits au régime réel sont réintégrés dans le calcul de la plus-value de cession, y compris ceux pratiqués avant 2025. Le micro-BIC et les résidences de services étudiantes, seniors et EHPAD ne sont pas concernés.
Le coût de détention et la sortie
Une résidence secondaire sur la Riviera se détient à un coût fiscal identifiable. L’IFI s’applique dès 1,3 M€ de patrimoine immobilier net taxable au 1er janvier, selon un barème allant de 0,5 % à 1,5 %, et l’abattement de 30 % réservé à la résidence principale ne joue pas ici. À l’entrée, la loi de finances pour 2025 a autorisé les départements à porter les droits de mutation de 4,50 % à 5,00 % jusqu’au 30 avril 2028, et au 1er juin 2026 la quasi-totalité d’entre eux appliquent ce plafond. Le taux applicable au département concerné se vérifie néanmoins auprès du notaire avant l’offre.
À la sortie, la plus-value supporte 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, atténués par les abattements pour durée de détention : 6 % par an de la sixième à la vingt et unième année puis 4 % la vingt-deuxième pour l’impôt sur le revenu, exonération totale à 22 ans ; 1,65 % par an à partir de la sixième année puis un rythme accéléré pour les prélèvements sociaux, exonération totale à 30 ans. Une surtaxe de 2 % à 6 % frappe la plus-value imposable au-delà de 50 000 €.
Une hypothèse de calcul éclaire la mécanique : après quinze ans de détention, l’abattement atteint 60 % pour l’impôt sur le revenu et 16,5 % pour les prélèvements sociaux. L’écart entre les deux assiettes se creuse avec le temps, et il explique pourquoi une revente décidée entre la vingtième et la vingt-deuxième année mérite d’être réexaminée. Le forfait de travaux de 15 % du prix d’acquisition, admis sans justificatif après cinq ans, et le forfait de frais d’acquisition de 7,5 % viennent réduire la base.
Ce que nous en retenons
La Côte d’Azur n’est pas un marché de rendement, c’est un marché de durée. Les chiffres le disent : un prix régional en repli de 1 % sur un an mais en progression de 25 % sur cinq ans, une clientèle étrangère à plus de 70 %, une exonération de plus-value qui ne devient totale qu’à 22 puis 30 ans. Ces trois horizons ne se réconcilient que dans une détention longue.
La transmission doit donc être intégrée dès l’acquisition, et non traitée vingt ans plus tard. L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, et le démembrement selon le barème de l’article 669 du code général des impôts constituent les deux outils de base. Avec un usufruitier de 65 ans, l’usufruit est valorisé à 40 % et la nue-propriété à 60 %. Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue sans droits de succession sur le bien démembré.
Une limite honnête : aucune de ces règles ne dit ce que vaut une vue, ni combien de temps une commune maintiendra sa politique d’urbanisme. Le potentiel constructible, la portée exacte d’une servitude et la structure de détention adaptée à une famille internationale s’examinent avec un notaire local, un géomètre et, le cas échéant, un avocat en droit de l’urbanisme.