Une résidence secondaire se juge mal sur un prix au mètre carré. Elle se juge sur le nombre de nuits réellement passées sur place, sur la distance au domicile principal et sur ce que le foyer accepte de payer chaque année pour un bien qu’il n’occupe pas en continu.
Décider de l’usage avant de choisir la carte
Trois usages coexistent et n’appellent pas les mêmes arbitrages. Le pied-à-terre urbain sert quelques jours par semaine et se mesure à sa proximité d’une gare ou d’un bureau. La maison de famille organise des séjours longs et se juge sur sa capacité d’accueil. Le bien de villégiature à forte valeur unitaire relève d’une logique d’actif rare autant que d’usage.
La structure de détention et l’éventuelle mise en location découlent de cet usage, jamais l’inverse. Prendre ces décisions dans le mauvais ordre produit les erreurs les plus coûteuses : une société civile créée sans besoin, un meublé de tourisme envisagé dans une commune qui ne l’autorise pas, une maison occupée trois semaines par an.
Un marché national à deux vitesses
Le marché de 2026 n’est plus celui du point bas. En cumul sur douze mois à fin mai 2026, 949 000 transactions de logements anciens ont été enregistrées, en hausse de 5,7 % sur un an ; fin décembre 2025, le cumul s’établissait à 945 000. Les prix des logements anciens en France progressent de 0,2 % au premier trimestre 2026.
La suite de l’année est moins lisible. La FNAIM, le 17 juin 2026, anticipe entre 900 000 et 920 000 ventes sur l’année 2026, soit un repli de 5 à 6 % par rapport à 2025. Le marché a touché un point bas en 2024 et les volumes demeurent inférieurs aux niveaux d’avant 2022.
Le crédit explique une part de ce fléchissement. Le taux moyen sur 20 ans s’établit à 3,35 % en septembre 2026 selon l’Observatoire Crédit Logement/CSA. L’OAT 10 ans a franchi 4 % en septembre 2026, un niveau inédit depuis 2009, et la tendance est de nouveau haussière. Cette contrainte pèse peu sur un acquéreur peu endetté, mais elle détermine le nombre de candidats le jour de la revente.
Paris : liquidité et micro-marchés
Paris demeure la destination la plus liquide. Le prix médian des appartements anciens intra-muros atteint 9 580 €/m² au premier trimestre 2026, en hausse de 1,2 % sur un an, après un recul cumulé d’environ 8 % entre mi-2022 et fin 2024. D’autres observatoires relèvent environ 9 800 €/m² en moyenne en septembre 2026. La médiane signifie que la moitié des ventes se conclut en dessous.
Le segment recherché par une clientèle patrimoniale se situe très au-dessus. Le 16e haut de gamme ressortait autour de 16 300 €/m² en juillet 2026, le quartier du Parc Monceau entre 15 000 et 22 000 €/m², le Triangle d’Or régulièrement au-delà de 25 000 €/m². La tranche de 3 à 5 M€ s’échange autour de 19 200 €/m² et le prestige au-delà de 5 M€ autour de 27 500 €/m².
La profondeur du marché compte autant que le prix. Environ 2 800 transactions par an dépassent 1 M€ à Paris, dont 800 à 900 au-dessus de 2 M€. Un bien correctement situé trouve preneur dans un délai raisonnable ; la sortie d’un actif singulier au-delà de 5 M€ dépend d’une poignée d’acquéreurs.
Côte d’Azur et Provence : un médian trompeur
Sur la Côte d’Azur, le prix médian régional s’établit autour de 4 350 €/m² en 2026, en repli de 1 % sur un an mais en hausse de 25 % sur cinq ans. Ce chiffre régional n’a aucune valeur prédictive pour les adresses de bord de mer.
Saint-Jean-Cap-Ferrat en donne la mesure : environ 18 240 €/m² en moyenne au 1er septembre 2026, les appartements avec vue mer démarrant autour de 15 000 €/m². Plus de 90 % des biens vendus y sont des résidences secondaires, pour un panier moyen supérieur à 2,5 M€. Plusieurs transactions ont dépassé 60 M€ en 2025, notamment à Saint-Jean-Cap-Ferrat et à Saint-Tropez.
La structure de la demande explique cette dissociation : plus de 70 % des acquéreurs de la Côte d’Azur sont étrangers. Le marché y suit moins les taux français que les parités de change et la fiscalité des pays d’origine. Un repli de 1 % du médian régional coexiste donc avec une tension durable sur quelques centaines d’adresses.
En Provence et dans les grandes villes régionales, l’arbitrage se déplace vers l’usage : trajet réel porte à porte, saisonnalité, entretien d’un terrain, disponibilité d’artisans. Au-delà d’un certain éloignement, un bien cesse d’être fréquenté et devient une charge.
Le coût de détention, chiffré avant l’achat
Le coût annuel se calcule poste par poste avant l’offre : il détermine la durée pendant laquelle le bien restera dans la famille.
- la taxe foncière et la taxe d’habitation sur les résidences secondaires, majorée en zone tendue
- les charges de copropriété, le fonds de travaux et le plan pluriannuel de travaux
- l’assurance d’un logement inoccupé, avec sa clause d’inoccupation
- l’entretien courant, le gardiennage, le jardin ou la piscine selon le bien
- l’impôt sur la fortune immobilière, dont le seuil d’entrée est de 1,3 M€ de patrimoine net taxable au 1er janvier
- le coût de mise à niveau énergétique si une location est envisagée un jour
L’impôt sur la fortune immobilière mérite un calcul distinct. Une résidence secondaire entre dans l’assiette pour sa pleine valeur, sans l’abattement de 30 % réservé à la résidence principale. Le barème 2026 applique 0,7 % de 1 300 001 à 2 570 000 €, puis 1 %, 1,25 % et 1,5 % au-delà. Un achat de villégiature peut à lui seul faire entrer dans l’impôt un foyer qui en était proche.
La question énergétique ne se pose pas dans les mêmes termes selon le bien. L’audit énergétique est obligatoire à la vente d’une maison individuelle ou d’un immeuble en monopropriété classé F ou G depuis le 1er avril 2023, et classé E depuis le 1er janvier 2025 ; il reste valable 5 ans. Les appartements en copropriété n’y sont pas soumis. Un DPE collectif est obligatoire dans toutes les monopropriétés depuis le 1er janvier 2026.
Louer quelques semaines : ce que la loi Le Meur impose
Louer quelques semaines par an paraît simple et ne l’est plus. La loi Le Meur du 19 novembre 2024 a resserré le cadre du meublé de tourisme. L’enregistrement auprès de la commune est obligatoire ; à Paris, il prend la forme d’un identifiant délivré par la Ville.
Le plafond de location d’une résidence principale est de 120 nuits par an, que les communes peuvent abaisser à 90 nuits ; Paris a annoncé son intention d’utiliser cette faculté. Une résidence secondaire parisienne relève d’un régime distinct et plus lourd : l’autorisation de changement d’usage est obligatoire, assortie d’une compensation. Le coût de cette compensation s’échelonne de 800 €/m² dans le 19e arrondissement à plus de 2 000 €/m² dans le 6e, soit 40 000 à 70 000 € pour un trois-pièces.
La fiscalité a suivi le même mouvement. L’abattement micro-BIC des meublés de tourisme non classés est passé de 50 % à 30 %, avec un plafond de recettes de 15 000 € ; les meublés classés conservent 50 %. À partir de 2026, le rapprochement de la fiscalité du meublé et de celle de la location nue se poursuit par un abaissement des seuils et abattements du micro-BIC. Une résidence secondaire ne s’achète donc plus sur l’hypothèse qu’une location saisonnière en couvrira les charges.
Sortie et transmission : ce qu’il faut en retenir
La sortie se prépare dès l’entrée. Une résidence secondaire ne bénéficie d’aucune exonération de plus-value : la cession supporte 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, avec une surtaxe de 2 % à 6 % au-delà de 50 000 € de plus-value imposable.
La durée de détention est le premier levier : 6 % d’abattement par an de la 6e à la 21e année et 4 % la 22e année pour l’impôt sur le revenu, exonération totale à 22 ans ; 1,65 % par an à partir de la 6e année pour les prélèvements sociaux, exonération totale à 30 ans. Le forfait travaux de 15 % du prix d’acquisition, admis après 5 ans, et le forfait de frais d’acquisition de 7,5 % réduisent l’assiette.
La transmission suit la même logique de temps. L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant se renouvelle tous les quinze ans, et la donation de la nue-propriété se valorise par le barème de l’article 669 du CGI : usufruit de 50 % entre 51 et 60 ans, 40 % entre 61 et 70 ans. Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue sans droits de succession sur le bien démembré.
L’horizon commande donc la décision. Un bien de villégiature acquis pour dix ans supporte mal des frais d’acquisition compris entre 7 et 8 % du prix, et jusqu’à environ 8,5 % dans les départements passés à 5,00 % de droits de mutation. Acheté pour une génération, organisé tôt en démembrement et choisi pour un usage réel plutôt que pour une adresse, il redevient ce qu’il devrait être : un actif familial, et non une ligne de dépenses.